LE CARRE D’AS
En pénétrant sur la pelouse de « Charles Gautier », sous un temps hivernal, comme un défi à la logique, signe prémonitoire probablement, les joueurs de coach Jérôme n’avaient qu’une pensée en tête : vaincre, pour s’inviter à faire partie du dernier carré, celui participant à cette superbe journée d’apothéose, prévue le 10 juin prochain. Dans le vestiaire, la concentration est à son comble, chacun ressassant, visionnant, imaginant un scénario pouvant les amener vers ce bonheur, celui d’une saison faite d’émotions, de joies, de tristesses, de victoires ou de défaites, tout le staff prêt à déposer la cerise sur ce gâteau qu’ils ont partagés tout au long de la saison. Ils sont quatorze en ce jour, une pensée pour ceux ayant contribué à gravir les marches menant à ce jour, ne pouvant apposer leur nom au bas de cette feuille si petite pour un groupe au cœur si grand, si étroite, pour une équipe jouant sur la largeur ou la profondeur.
Ils le savent, la qualification est entre leurs pieds et leurs têtes, tout a été fait pour les amener dans les meilleures conditions, c’est l’aboutissement d’une saison d’entraînements, d’amitiés, de transpiration et de travail acharné. Ne pas déroger à la règle du football collectif, celui leur ayant permit de franchir les étapes une à une, au gré des saisons, de la souffrance, des renversements de situations, toutes ces valeurs qui soudent un groupe, regardant vers le haut. Le silence, au moment de revêtir la tunique rouge et blanche, témoigne de l’importance de ce match couperet, même si chaque joueur tente d’évacuer la pression, bien légitime, lorsque le rêve peut devenir réalité. Ils savent qu’ils peuvent devenir les héros du jour, eux qui sont habitués à laisser, non sans plaisir, la vedette aux équipes de jeunes prêts à prendre la relève, et dont ils sont fiers de voir grandir, eux qui ont, durant toutes ces années, débroussaillés la route qui mène à la renommée, emprunté dorénavant par les plus jeunes.
Au dessus des têtes, dans la tribune, les spectateurs gravissent les marches, comme un signe d’encouragement, la rumeur gronde, chaque supporter heureux de venir apporter sa contribution à cette équipe trop souvent délaissé dans « L’œil de Gilles », non pas par manque de talent, mais souvent par manque d’information, non pas par manque de résultats mais par manque de lignes, non pas par manque d’énergie, mais par manque de…….et encore de………pardon de vous avoir trop souvent zappé, que dis-je, négligé, vous qui me faites un beau cadeau, avant mon départ, en me permettant de tenter de me rattraper et jouer les prolongations, grâce, à votre collectif, à votre bloc équipe, à votre cohésion et non à vos coups de téléphone ou à vos menaces. Vous auriez pu me mettre un carton jaune, voir un coup d’boule, je vous met un coup de projecteur en échange, avec des mots et des phrases sortis de mon carton d’imaginations, débarrassés de tout artifice si ce n’est, je l’espère pour vous, le feu qui va pétarader le 10 juin prochain, lorsqu’à l’unisson vous allez brandir cette coupe aux grandes oreilles, puisque vous l’appelez la Champion’s League, sachant que jusqu’à ce jour de finale vous aurez un œil attentif sur ce qui vous fait rêver. Rassurez vous, je veille sur votre destin, les U15A –U17A l’ont emporté pour m’offrir un titre d’adieu, alors, les amis, sachez que « l’œil de Gilles » porte sur vous un regard d’admiration, chapeau les gars, je quitte la scène encore plus heureux, restez vous-même, ça va l’faire, puisque vous êtes dans le carré d’as, allant à la pointe du combat pendant que je me retire sur la pointe du Finistère, voir la pointe des pieds.
Pour brandir cette coupe un seul objectif en tête, que je vous souhaite de réussir, faire trembler les filets. Dur paradoxe pour moi, qui, depuis une décennie, enseigne l’art, à vos jeunes gardiens, d’éviter d’encaisser, c’est peut être la véritable définition de « retourner sa veste » (rouge et blanche), ou d’aller « où le vent tourne », celui-ci souffle de la pointe, c’est un signe qui ne trompe pas, vous imaginant un 10 juin………faire souffler un vent de panique dans les défenses adverses.
GLF
La pensée de la Semaine
« DIEU NOUS DONNE DES MAINS MAIS IL NE BÂTIT PAS DES PONTS »
Prochain Œil à lire : VENDREDI 25 MAI 2012 : « LE CHEF D’ORCHESTRE »
Ne le manquez sous aucun prétexte, un de mes derniers « Œil de Gilles », je suis, peut être, votre porte parole dans ce texte à lire, à vendredi les amis.
D3 : GUICHEN – BRUZ : Champion’s League » : 1 – 0 : « Peu importe le score, seule la qualification sera belle » : tel était les mots de coach Jérôme lors de l’entretien qu’il m’a accordé dans la semaine. C’est sur le plus beau des scores que son équipe l’emporte, elle qui ne partait pas favorite, bien au contraire, bien décidée à s’appuyer sur des lignes resserrées et tentant sa chance à la moindre occasion, histoire de n’avoir aucun regret, les attaquants jouant les coups à fond, la défense faisant bloc pour endiguer toutes les tentatives visiteuses. Cette victoire offre donc une dernière journée passionnante, se déroulant en forme de tournoi avec les quatre derniers qualifiés, se rencontrant lors de cette journée, histoire de clôturer cette saison. A l’heure qu’il est c’est du 25% de chance de l’emporter, alors qu’au début de la compétition c’était du 2%, encourageant, non ? Il y a pire comme statistique.
KEEPER, L’HOMME VOLANT
Depuis plusieurs semaines je m’entraine, non plus à placer les ballons au ras du poteau pour faire travailler les jeunes gardiens, mais à mémoriser une histoire que je raconterai à mes petits enfants, lorsque, une fois retourné à mes racines, ils viendront s’endormir en m’écoutant raconter cette histoire vraie que j’ai vécue. Comme toute belle histoire, je commencerai par ces mots magiques : « Il était une fois…..une vingtaine de petits garçons, les uns après les autres, années après années…… ».
Je m’imagine, assis dans mon rocking-chair, passant la main dans les cheveux blancs, soignant mes maux, cherchant les mots, le feu crépite, mes petits enfants enfournant du kouign aman, spécialité de ma nouvelle destinée, me demandant, non plus d’écrire une histoire, mais de la raconter pour les faire rêver, contant comme je l’ai fait dans ma vie d’avant, à de jeunes enfants, assis sur un banc, leur apprenant la culture footballistique. Ils sont face à moi, les yeux grands ouverts, bouches bée, je vais, ce soir, leur raconter ma plus belle histoire, celle de « Keeper, l’homme volant. ». Un léger trémolo dans la voix, j’aime tant cette histoire, les yeux rivés sur ce héros, accroché au mur comme accroché à mon cœur, qui porte un nom, FCG.
Il était une fois, l’histoire d’un bon gars qui avait les pieds sur terre, même s’il savait, dès ses premiers touchés de balles, avoir des qualités que ses copains lui enviaient. Il vient de la France d’en bas, comme on aime à dire dans les belles histoires, mais à dire franchement, ce n’est pas tout à fait vrai, puisque venant d’un milieu plutôt aisé mais fort discret et ne voulant, en aucun cas, en montrer, restant toujours en retrait, humble au possible selon les circonstances, étant né dans une bonne maison, celle du bien être, du savoir vivre et du respect, du travail, des autres et des anciens, ceux par qui le savoir se transmet.
Pas fan d’études, il décide, en toute discrétion, de se mettre rapidement au boulot, et de prendre son destin en main, quittant son club de ses débuts où ses qualités se firent jour, mais se sentant un peu à l’étroit il décide de ne pas brûler les étapes pour venir dans un club pour trouver ce qu’il cherche. Ses premiers entraînements se passèrent après quelques pleurs mais toujours avec passion, souffrance, patience et dureté au mal, remettant cent fois sa peine à l’ouvrage, répétant les ateliers ou exercices jusqu’à épuisement, mieux même, jusqu’à la perfection, minimisant ses réussites, avare de mots, mais jamais d’effort. Il a dans ses gènes du sang paysan, au sens noble du terme, celle du travail pour arriver et non celle du parler pour recevoir, ne comptant jamais ses heures, travaillant invariablement par tous les temps, se laissant glisser dans la boue pour jaillir comme l’éclair, multipliant les sauts pour être « birdy* » le héros préféré de son mentor, apprenant dans son but la définition du mot travail, ne laissant que peu de temps à la récupération, de peur de manquer le bon wagon, celui de son rêve, celui qu’il fait éveillé pour devenir non pas Superman mais simplement Supergoal, le sauveur de son équipe, délaissant Batman, sauveur de la planète pour être Keeper, dernier rempart de son club.
Il vit pour le jour J, le samedi, juste un peu de pression, mais toujours avec le sentiment que c’est son jour, revêtant son plus bel habit, le seul qu’il aime, délaissant non sans plaisir, console, cd, bd, copains, copines, avec une seule idée en tête : repousser, non pas ses envies mais ce pourquoi il vit, ce pourquoi il s’entraîne, de jour, de nuit, avec un ultime objectif : que ses mains et ce ballon ne fassent plus qu’un et ce, pour l’éternité. Chaque semaine il offre un beau cadeau à celui qui l’entraîne, puisque se dépassant, se surpassant pour être toujours plus fort montrant que lorsque l’on veut, la volonté est porteuse d’efficacité et de progrès, démontrant que l’exigence n’est pas une contrainte mais une chance. Il sait, au fond de lui que le plus beau est à venir, aimant tant se retrouver dans sa surface, un peu égoïstement, il va se faire remarqué, prix à payer pour toucher du doigt ce que chaque soir il visionne avant de s’endormir, ne se doutant pas qu’il est entrain de vivre une belle histoire, ne se doutant pas qu’il m’a fait vivre ma plus belle histoire, celle du devoir accompli, celle que je viens de vous raconter, celle que je raconterai à mes petits enfants au coin du feu, là où je serai, à la différence que mon histoire ne sera pas aussi belle que ce qu’il m’a fait vivre, à la différence que c’est lui qui a écrit l’histoire, me contentant de la raconter, l’histoire de « Keeper, l’homme volant »..
Cela aurait pu être un conte, j’aurai trouvé des prénoms appropriés, Nicolas, Pierrot, Riquet, Harry, mais c’est une histoire vraie que je vous ai raconté et pour ne pas trahir la réalité, à tous ces enfants à qui je vais la raconter, je leur donnerai les vrais prénoms de ces héros, qui ne les feront peut être pas rêvé mais qui leur a permis de rêver le temps d’écouter cette histoire: Quentin – Romain – Henri – Pierre - Maxime – Dylan – Brendan – Emilien – Florian – Baptiste - Ronan sont les héros de cette histoire, et croyez moi, ils ont une belle écriture que je n’effacerai pas de ma mémoire et ne gommerai pas, une fois le dos tourné. Probablement la seule histoire que je ne souhaitai pas voir le mot fin, me consolant en pensant à mon grand père, m’apprenant le mot passion, qui me disait que toute belle histoire doit se terminé pour pouvoir en commencer une autre.
On ne devrait plus se rappeler d’où l’on vient ni où l’on va. J’aimerais appartenir à une espèce amnésique, conçue pour vivre au jour le jour, débarrassée de l’histoire, filant sa vie au rythme des saisons. Sans aucun patrimoine, ni passif, ni génétique, ni souvenir. Pas de lien, pas de chromosome, une aube un jour, avec l’odeur du neuf au réveil sans possibilité de se retourner, avec pour seule vision, l’horizon où se profile de nouvelles aventures sans ballon, après avoir prit soin d’enlever de la palette de couleurs le rouge et le blanc, celles m’ayant procuré tant de joies et que j’aurai sans doute du mal à aimer ailleurs que loin de mon odorat, remplaçant le bruit des crampons par le bruit des vagues, il y a pire comme mort sportive, convenons en. Je vous ai tant aimé, merci, vous mes Keepers préférés, bien au dessus de ceux vu à la télé, que je n’ai aucun mal à oublier, alors que vous, vous êtes entré à tout jamais dans ma mémoire, soyez heureux, ne vous laissez pas guidé par les autres mais par votre passion. Je vous ai aidé à être plus fort, vous m’avez aidé à être plus heureux, au final, c’est vous qui m’avez redonné gout à la vie alors que c’est moi qui reçois les louanges. Merci mes « pépères », vous que les meilleurs attaquants de la région, voir de Bretagne, étaient incapable d’inscrire le moindre but, pendant qu’à longueur d’année j’enfilai les virgules s’engouffrant dans vos lucarnes, malgré mon handicap, pour le seul plaisir, non pas de faire trembler les filets, mais de vous voir aligner, face à moi, effectuant des pompes à l’unisson, puisque tel était le tarif infligé à Keeper, l’homme volant.
* Birdy : titre du magnifique film d’Alan Parker (1985).
GLF
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Prochain « Œil » à lire : MARDI 22 MAI 2012
La Pensée du Week-end
« COMBIEN D’HOMMES SE PRESSENT VERS LA LUMIERE, NON PAS POUR MIEUX VOIR MAIS POUR MIEUX BRILLER ».
Ces petits garçons sortant de l’ombre, je les ai projeté vers la lumière, à mon tour de m’éclipser et de m’en aller dans l’ombre de notre passé et de mon futur.